Rémi Boyes : « Je pense qu’on est dans une société où on peut dire ce que veut à condition d’être très solide »

Rémi Boyes, il incarne la nouvelle scène du stand-up français

Rémi Boyes est l’incarnation de la nouvelle scène du stand-up français : frais, super-smart, pas prise de tête, c’est le mec qu’on rêve d’avoir dans sa bande de potes, il tourne régulièrement avec son ami Joseph Roussin et Shirley Souagnon sur la péniche du Jardin Sauvage. Pas encore de spectacle mais déjà bien célèbre dans le milieu, il écrit pour Canal + et multiplie les apparitions sur les plateaux parisiens qui s’en souviennent tous. Rencontre avec ce génie d’une nouvelle génération qui fait du bien.

Qu’est ce qui marche le mieux quand tu es sur scène Rémi ?

Malheureusement dès que je fais des vannes sur le cul ou la Weed ça marche mieux que tout le reste… C’est ma malédiction et ça me rend fou.

Parce que tu risques de t’enfermer dans ce genre d’humour ?

Alors il y a un côté où je me dis que je suis pas encore “connu”, on se dit donc pas “c’est Rémi Boyes !”, donc il n’y a pas forcément de risque de m’enfermer quelque part, mais de l’autre c’est toujours agréable d’avoir de gros rires, donc je peux avoir tendance à tirer le fil sur ce genre de trucs. Mais, en ce moment, j’essaie d’écrire en dehors, dans d’autres domaines, pour éviter qu’à chaque fois que je sorte de scène les gens viennent me demander un joint (rires).

Est ce que tu parles de toi dans tes sketchs ?

Je ne suis pas persuadé d’être encore assez fort pour réussir à choper des gros rire à partir de quelque chose de très personnel, ou sur un ressenti très général qui ne soit pas basé sur une anecdote qui m’est arrivé. En fait je pense que j’aurais du mal à partir « du niveau 0 de la blague » et à tirer le fil sur une émotion pendant 5 minutes sur scène. Pour l’instant, j’écris plus à partir d’un truc qui m’est arrivé et qui m’a fait penser à autre chose… En fait, il me faut une base parce que j’ai du mal à faire sans.

Tu aimerais pouvoir le faire ?

Bien sûr ! Je pense que tous les standupers aimeraient arriver à un stade de blague tellement personnelle que, quand on entend la vanne, on reconnaît d’emblée le style de celui qui l’a écrit. Je pense qu’on aimerait tous être assez forts pour toujours nous exprimer sous le prisme de notre propre style.  C’est même le but ultime, on le voit chez les plus grands comédiens, comme Richard Pryor…

Ou Lenny Bruce ?

Oui, mais lui il est super vener quand même. Mais tu as raison, c’est le bon exemple du mec qui a décidé de tout lâcher pour faire exactement son style et ça marche. Un mec comme Pete Holmes m’inspire vachement, c’est un type pas méchant, plutôt banal mais qui aborde des trucs super profonds dans un de ses spectacle, genre « Pourquoi on existe » … c’est un passage qui est hilarant sur la vie et le sens de la vie alors que le mec est lambda de ouf…

« Quand tu vois tes sketchs qui sont démontés ça fait bien mal. »

Rémi Boyes

Est ce qu’aux Etats-Unis tu penses qu’ils ont compris plus vite qu’en France ou on fait encore des blagues sur « les blonds » ou « j’étais sur Tinder » ?

Je ne crois pas qu’ils aient compris plus vite, je pense qu’ils ont mis plus de temps pour comprendre en fait. Le stand up est plus vieux aux Etats-Unis qu’ici, donc ils ont petit à petit éliminé les trucs nazes.  Mais je pense que tous les comédiens peuvent être supers drôles, il n’y a pas de hiérarchie pour moi… Parce qu’à partir du moment ou tu décides de monter sur scène, alors tu peux tout faire fonctionner. Une blague super banale mais bien exécutée ou assez maline peut être super efficace.  De toute façon on fait du stand-up dans l’époque dans laquelle on est, donc on traite forcément des sujets auxquels tout le monde pense. La dernière phrase que j’ai entendu sur le stand-up c’était Chris Rock qui disait : « Tu es aussi fort que la dernière scène que tu as faite » ça veut juste dire que le stand-up c’est une remise en question permanente.

Comment tu perçois le processus d’écriture ?

Moi je suis un branleur. C’est chaud. Des fois j’écris, je me dis « ok ça c’est cool ça m’est arrivé, c’est intéressant je vais faire des vannes là dessus et tester » mais en fait je réécris toujours après coup, après avoir essayé sur scène… je suis pas le mec qui pond un vanne parfaite en 30 min au café.

Tu as crée une série sur C8 et tu écris la météo pour Canal avec Camille Lavabre, est-ce que quand tu écris pour les autres c’est différent que  quand tu le fais pour toi ?

Oui. Quand j’écris pour les autres j’écris avec leur style, pour eux, avec la manière dont ils jouent, ce sont des vannes que je ne pourrais pas faire. Et quand je trouve une vanne que je ferais mieux alors je la garde. Pour Camille, on a écrit pendant 2 ans et, au début, les premières chroniques, je ne savais pas faire alors que maintenant j’écris à 100 % pour elle quand on est ensemble.

Comment le contact avec Canal s’est créé, comment tu les as rencontrés ?

C’est Camille qui a demandé au départ que ce soit moi. Mais je les connaissais un peu j’avais déjà fait des piges d’auteur chez eux, en tout cas suffisamment pour qu’ils acceptent quand Camille a cité mon nom.

Et l’écriture de la série pour Ahmed Sylla ?

C’est compliqué. A la base on m’a contacté pour bosser sur un pitch et je me suis mis à écrire avec un autre auteur, Julien. On avait tout : la bible, l’image de la série avec tout ce que ça allait être : le pilote, le premier épisode…

Mais ensuite on s’est embrouillés avec le directeur artistique de l’époque qui a décidé de virer tous les auteurs. Du coup on l’a vendu mais on s’est tous fait virer. Maintenant, quand je regarde la série je suis dévasté, ça n’a rien à voir avec ce qu’on avait imaginé. Sur le pilote ils ont gardé à peu près la trame mais il l’ont bien détruite. C’était un moment chaud en tant qu’auteur. Quand tu vois tes sketchs qui sont démontés ça fait bien mal.

Est ce que l’écriture d’un spectacle c’est l’aboutissement pour toi ?

Oui je pense, mais pour le moment je ne suis pas prêt du tout. Je ne me sens pas assez fort pour faire un spectacle qui me correspondrait à l’heure d’aujourd’hui. Je pense que j’en serais pas fier.

Ça veut dire quoi fort ?

Fort dans le sens abouti, je veux qu’il tape, que les gens rigolent vraiment beaucoup. J’ai envie d’être efficace, sur les plateaux je le suis pas encore assez, je suis fainéant même sur scène. Je me repose trop sur le public, trop sur l’énergie. Il faudrait que je sois plus régulier avec une vanne toutes les trois phrases, un truc qui soit drôle de A à Z. Pas uniquement jouer des vannes que j’aime bien et que je pousse pour les rendre marrantes, ou faire comprendre au public qu’elles sont drôles. En fait je triche trop encore. Je sais que si j’écrivais à fond un passage de 5 min je suis sûr que je le ferai mieux que ce que je fais aujourd’hui.

« Et puis avec l’actu on ne pourra jamais battre Twitter »

Rémi Boyes

Ta meilleure vanne ?

Une blague sur Pompéi ou j’imagine un mec qui se branle mais qui n’a rien à mater du coup il prend un un vase avec des dessins vaguement érotiques (rire)… C’est forcement arrivé !

Ce qui me fait marrer avec ça? c’est l’image. Je vois le mec qui cache son vase bien dans un coin pour se branler (rire) comme un magazine? sauf que c’est un gros plat de céramique… Mais ça? ça arrive dans un moment sur Pompéi, sur cette époque, je ne peux pas la balancer comme ça… il faut l’installer.

En 2017 pour l’épisode 4 du café au Lot 7, ce qui revient c’est que tu as envie d’écrire sur un monde qui change …

J’ai changé depuis, (rires), en fait j’ai peur avec les blagues d’actu parce qu’elles meurent par définition. Sur les gilets jaunes j’en avais beaucoup, mais c’est jetable, elles durent 2 semaines. Et puis avec l’actu on ne pourra jamais battre Twitter. Niveau vanne, il y a tellement de choses sur Interne, ce qui fait que je suis super exigeant avec mes vannes, il faut qu’elles ne me dérangent pas. Le sexisme et le reste je ne peux pas. Mais je pense qu’on est dans une société ou on peut dire ce que veut, à la seule condition d’être solide et d’être prêt à te manger des armées de gens qui ne sont pas d’accord et qui vont te le faire comprendre. Pour le moment en tout cas, je ne me sens pas bridé alors que je suis blanc, hétéro en 2019… je suis au top (rires). Mais je peux dire ce que je veux.

Même des vannes sur l’Afrique ?

Bien sûr que si ! J’ai été invité à la soirée de Shirley « Soirée CFA », c’était trop bien, et j’ai fait 5 min sur l’esclavage, sur l’Afrique, que j’avais écrit exprès. Il faut juste que je sois méga à l’aise avec ma blague, même si c’est des trucs un peu crades. Il faut juste bien penser le truc et la qualité de la vanne.

Une dédicace pour la fin ?

Yes au Lycée Henri Matisse (rires). Non je rigole, une série : regardez Barry sur OCS, c’est de la folie, incroyable. Et « crashing », très très bonne série sur le stand-up.

Un resto ?

Nien Guan à Belleveille, ça défonce. Trop bonnes pâtes.

Ton actu ?

Tous les lundi au bordel club à 21h30, le meilleur plateau de Paris depuis très longtemps et le Podcast « Vivement dimanche avec Michel Drucker » tous les dimanche au jardin sauvage.

C’est quoi BLONDE COMEDY ?

Blonde c’est un média, une agence évènementielle, un studio de production.

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