Marina Rollman : “Je fais des blagues pour que les gens se tiennent la main”

C’était avec une petite émotion qu’on a reçu une humoriste de grand talent : Marina Rollman. L’humoriste suisse, chroniqueuse sur France Inter et qui joue son spectacle Un spectacle drôle au Théâtre de l’Oeuvre (Paris 9ème) analyse les méandres de la société avec un ton absurde, tendre et malicieux à la fois. Avec elle, on a parlé plus d’une heure de la Suisse, de méditation transcendantale, de Jerry Seinfeld et de bien d’autres choses…

Marina, on est ravis de te recevoir. C’est assez cohérent avec notre invité précédent, qui est Navo… Vous partagez tous les deux une écriture très inventive si je ne me trompe pas ?

Navo a quand même beaucoup plus d’expérience que moi. C’est marrant parce que, quand il est sur scène, ça ne ressemble pas à ce qu’il a signé comme productions. Quand Navo est sur scène, il adore jouer avec des choses très sombres, très borderlines. A travers sa plume, il a produit des oeuvres qui nous ont réunis. Manifestement, il réserve sa niche de bizarreries à lui tout seul. Il fait le kamikaze quand il est sur scène, ce que je trouve très rigolo.

Tu faisais souvent des interventions d’humour pour le domaine privé, pour des entreprises privées essentiellement. Est-ce que tu continues ?

Oui, mais je commence à avoir vraiment du mal. En Suisse, il y a une grosse demande pour ça, c’est le gros de mon revenu. Dernièrement, j’ai fait des trucs pour des remises des prix, des hedgefunds (fonds d’investissement, ndlr)… J’y arrive de moins en moins.

Je comprenais enfin que l’humour ce n’était pas qu’avoir du bagout, du charisme.

Marina Rollman

Tu as l’impression de te mentir quand tu le fais ?

Je commence à devenir une micro-personnalité en Suisse, donc ça devient de plus en plus bizarre. Si t’es juste un interprète qui n’a pas de “visage”, c’est différent que si quelqu’un se dise : “Pourquoi c’est Marina Rollman qui vient nous faire des blagues sur les assurances, alors que très clairement elle n’en a rien à foutre, elle fait ça pour la thune ?” J’ai l’impression qu’il y a une arnaque globale qui m’embête un peu. Cela prend beaucoup de temps et d’énergie. Imagine que tu doives écrire 5 minutes de texte pendant deux semaines sur les bus. C’est du temps que je ne donne pas à des projets dont je serai contente dans 10 ans.

On a un point commun : notre spectacle préféré s’appelle I’m telling for you the last time, de Jerry Seinfeld. C’est peut-être comme ça qu’est venu le déclic chez toi ?

Je sais pas si je pourrais dire que c’est mon spectacle préféré, mais c’est complètement celui-là qui m’a donnée l’envie. Je l’ai vu quand j’avais 20 ans, c’était en 5 parties sur Youtube. J’ai dû le voir 40 fois cette année-là. Je comprenais enfin que l’humour ce n’était pas qu’avoir du bagout, du charisme. L’humour, c’est être analytique et structurer les choses. C’est ça qui m’a fait penser que c’était accessible pour moi. J’aime bien écrire des dissertations et dire des blagues, l’un et l’autre peuvent se rencontrer pour structurer une oeuvre.

Question très objective : penses-tu que Jerry Seinfeld, c’est analytique ?

Oui, ou en tout cas dissertatif. Il y a un côté qui dit : je veux vous prouver que telle chose est débile ou absurde. Il part d’un point de vue complètement arbitraire et subjectif, et ensuite il déroule un chemin de pensée pour y arriver. Les trous de donuts, par exemple, c’est un non-sens. Cela ne devrait être rien, mais ce ne sont pas des trous de donuts mais des petits beignets. Jerry Seinfeld a des blagues là-dessus.

Il y a un sujet dont tu parles parfois, pas dans tes sketchs mais plutôt en interview, et qui te rapproche du style de Jerry Seinfeld, c’est la question de la méditation transcendantale…

C’est un gros échec de ma vie pour l’instant, j’ai lâché l’affaire. On te donne un mantra, et tu dois le répéter dans ta tête, grosso modo, en schématisant un peu. J’ai commencé à le faire, ça marchait bien au début. La réalité neurobiologique du truc, c’est de l’auto-hypnose. Le réalisateur David Lynch et Jerry Seinfeld le pratiquent beaucoup par ailleurs. Les “gourous” ont des bureaux partout dans le monde, un trademark etc etc.

Tu avais fait une chronique dans l’émission La Bande Originale de Nagui, sur France Inter, au sujet de la pub. On sentait de la revanche par rapport à ton ancien métier de publicitaire…

J’y parlais des produits féminins, et j’y disais que j’avais vraiment du mal avec les injonctions sur la cosmétique et l’esthétique féminine. On te dit tout l’argent et le temps que tu dépenser pour être “sortable”, c’est chaud. Le mensonge constant me rend barge, ce côté crème fouettée à l’air. C’est un agacement généralisé. Les “bullshits jobs”, ces métiers qui ne servent à rien, je sais que je devrais en parler sur scène mais je suis trop énervée pour en parler.

Le journal Le Monde te classe avec Blanche Gardin et Constance parmi les “amazones de l’humour”… est-ce que la formule te convient ?

C’est drôle parce que quand tu es une femme, que tu as moins de 35 ans et que tu fais de l’humour, on te dit : “eh mais tu serais pas un peu l’héritière de Blanche Gardin ?” Bah écoutez si vous voulez… Et puis les amazones… ça n’a qu’un sein ça non (rires) ? C’est bizarre de voir que je suis classé dans cette liste avec Constance, parce que Constance ne fait pas du tout ce que je fais, dans la mesure où elle joue des personnages.

Tu ne peux plus parler de trucs que tu ne connais pas en disant de grosses erreurs.

Marina Rollman

On me prête un ton beaucoup plus acide que je ne l’ai en réalité. En vérité je fais des blagues pour que les gens se tiennent la main, qu’il y ait moins de dissensions sociales et moins d’insultes sur Internet. Blanche et Constance, avec qui je suis ravi d’être comparé parce qu’elles écrivent très bien, sont plus mordants que moi. Je fais des trucs très gentils en réalité.

Dans un portrait Libé qui t’es consacrée, tu dis que la féminisation de l’humour a raffiné le propos…

Le droit de cité, la voix au chapitre qu’ont les “minorités”, font que plus il y en a qui sont représentées, moins tu auras un discours lourdaud. Tu ne peux plus parler de trucs que tu ne connais pas en disant de grosses erreurs. La présence des femmes a permis ça aussi. Il y a moins de gars qui peuvent faire leurs fonds de commerce sur le fameux “Hey alors mesdames, quand on s’épile pas…”, vu qu’il y a des femmes qui peuvent répondre. Le réel racisme anti-asiatique empêche, et heureusement, de dire “tching tchong” à la télé.

On arrive, hélas, à la fin de ce podcast… peux-tu nous dire ce qui t’attend pour la suite ?

Je pars en vacances et je cherche des gens pour arroser mes plantes (rires). Le 18, 19 et 20 septembre je reprends mon spectacle à Marseille, et à partir du 24 septembre au Théâtre de l’Oeuvre, les mardi et mercredi. Venez, parce que si je ne vends pas assez de tickets il va falloir que je fasse des vidéos virales pour satisfaire ma production.

C’est quoi BLONDE COMEDY ?

Blonde c’est un média, une agence évènementielle, un studio de production.

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